Les prévisions économiques de la Commission européenne vous semblent-elles crédibles ou comportent-elles encore une marge d’erreur ?

Pour 2020, on se retrouve tous autour de ces chiffres même si pour la France, je trouve la prévision de – 8 % un peu trop optimiste. J’estime pour ma part le recul du PIB autour de -10 %. Là où j’ai davantage de doutes, c’est sur la capacité de rebond des économies de la zone euro. Selon les prévisions de la Commission européenne, l’économie repartirait nettement dès la fin du trimestre de confinement. Or il y a beaucoup d’interrogations à la fois sur le plan sanitaire, de l’organisation du travail et celui de l’emploi. Pense-t-on vraiment que l’ensemble de l’activité va repartir à un rythme équivalent à celui d’avant l’irruption du coronavirus ? C’est aussi vrai pour 2021. En l’espace de deux ans, on effacerait l’impact de la crise. Dans le cas de la France, on reviendrait dès 2022 au niveau de 2019. Cela ne correspond pas aux enseignements du passé. Quand on regarde les récessions de 1993 ou de 2009, on n’observe pas de rebond franc. En 1994 et 2010, les performances étaient seulement proches ou inférieures à la croissance moyenne d’avant la récession, alors que les autorités avaient mobilisé des moyens financiers spectaculaires pour relancer l’économie. Il va y avoir notamment un vrai problème sur le marché du travail car les entreprises ont réduit fortement leurs embauches et ceux qui sont au chômage partiel ne seront pas tous repris. Cette situation risque de durer et d’affecter le comportement des ménages. L’excès d’épargne ne se résorbera pas aussi vite que prévu.Comment expliquez-vous les disparités de l’impact de la crise au sein de la zone euro ?PUBLICITÉ

L’économie allemande tourne actuellement avec des capacités plus élevées que ses voisins. Pendant le confinement, l’Allemagne était à 80 % de ses capacités fin mars contre 65 % pour nous. Cela traduit le caractère plus industriel et moins dépendant des services de l’économie allemande. On retrouve aussi les problèmes structurels de l’Italie et de l’Espagne où les gains de productivités sont faibles, auxquels s’ajoute le poids important du tourisme qui va peser lourd dans la récession de ces pays.

Est-ce que le jugement de la cour de Karlsruhe peut avoir un impact sur l’action de la BCE dans la zone euro ?

La cour de Karlsruhe va à l’encontre d’un jugement de la Cour de justice européenne qui avait validé la stratégie monétaire de la BCE. C’est préoccupant parce qu’il y a déjà d’autres pays comme la Pologne et la Hongrie qui remettent en cause la supériorité du droit européen sur le droit national. De plus, dans une crise où chaque Etat a tendance à gérer ses besoins de façon très nationale et assez peu coopérative, ce signal allemand accentue ce phénomène du chacun pour soi. La BCE est l’institution qui joue le rôle de coordinateur final pour que la zone euro continue à fonctionner. Elle va un peu au-delà de ce qui serait nécessaire parce que les gouvernements ne sont pas prêts à partager le fardeau. Si la décision de la cour allemande s’impose , cela privera la BCE de sa capacité à jouer ce rôle et cela fragilisera la zone euro. On attend avec intérêt la réponse de la Commission.

Faut-il un plan de relance européen massif ? Y a-t-il un consensus dans ce sens chez les économistes ?

Il y a plutôt un consensus sur l’utilité de soutenir l’activité via l’investissement pour retrouver des capacités de production après plusieurs trimestres de chute de l’investissement. Mais sur la question spécifique de l’Italie, cela fait vingt ans que la productivité italienne est en berne et rien ne permet de croire que de nouvelles aides, même massives, permettront à l’Italie de booster sa productivité et sa capacité d’innovation. On constate tous que l’Italie nous tire vers le bas sans qu’on puisse faire grand-chose. Les institutions européennes ne permettent pas cette ingérence. Donc il faut mettre plus d’argent sur la table mais ce n’est pas seulement une question de milliards, ces fonds ne résoudront pas par magie les déséquilibres qui préexistaient dans la zone euro et qui n’avaient pas été résolus.

La réponse budgétaire à la crise du coronavirus va faire exploser la dette de certains pays européens. Est-ce un problème ?

C’est là que le rôle de la Banque centrale européenne est essentiel. Elle maintient des taux d’intérêt très bas pendant très longtemps et donc elle permet d’amortir collectivement le choc dans le temps à un coût très faible. S’il faut passer par une dette plus importante pour limiter le risque macroéconomique, il n’y a pas à hésiter.

Catherine Chatignoux

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